Conseils pratiques


Le texte qui suit suppose que la personne harceleuse est un homme, et la personne harcelée, une femme.

Il s'agit en effet de la configuration la plus fréquente ; le harcèlement sexuel s'inscrit souvent dans une hiérarchie des sexes et des genres et un comportement sexiste de la part de l'agresseur. 

Cela n'empêche pas que la personne harceleuse puisse être une femme, et la personne harcelée un homme. Les quelques conseils qui suivent sont valable pour toute situation de harcèlement. 

Si vous êtes victime

« Dire non, ça ne sert à rien... »

À propos des violences faites aux femmes, on entend souvent dire que se défendre est inutile, voire dangereux : cela risquerait d'aggraver la situation, de se retourner contre la victime...

Ces idées reçues entretiennent l'idée que ces violences sont une fatalité, et empêchent les femmes de s'en défendre pour les prévenir et les stopper. 

Au contraire, les situations de harcèlement sexuel, comme bien d'autres formes d'agression, peuvent être arrêtées efficacement si la personne qui en est victime pose clairement ses limites. Faire comme s'il ne se passait rien, ou répondre par l'humour est beaucoup moins efficace, et risque d'entretenir la situation.

L'éducation et la socialisation genrées tendent à inculquer aux filles la douceur, la docilité, la soumission ; en conséquence, beaucoup de femmes ont des difficultés ou des réticences à poser leurs limites et à les faire respecter. 

Le harcèlement sexuel, lorsqu'il a lieu dans un contexte professionnel ou universitaire, implique souvent un rapport hiérarchique voire de dépendance en faveur de l'agresseur. La victime peut avoir d'autant plus de mal à imposer son refus dans un tel contexte.

Pour toutes ces raisons, et bien d'autres, on peut se sentir incapable de se défendre efficacement, ou ne pas savoir comment s'y prendre. Rappelez-vous que c'est le harceleur qui est responsable de son comportement, certainement pas vous.

Vous avez le droit de dire non, de poser vos limites, y compris à un professeur, un collègue, un supérieur hiérarchique. 

Ecoutez-vous, faites confiance à votre ressenti : vous êtes seule juge de vos limites, et le malaise que vous ressentez lorsqu'elles sont transgressées est un signal important à écouter et à prendre au sérieux. 

Vous pouvez avoir du mal à qualifier le comportement de l'autre, à savoir si votre malaise est légitime : demandez-vous si vous accepteriez ce comportement, cette parole, ce geste, de la part de quelqu'un d'autre, ou dans un autre contexte ?

Exprimez votre refus avec clarté : vous voulez que la personne comprenne quels  sont, précisément, les comportements qui vous font violence ou vous dérangent, et que ces comportements cessent. 

Une technique efficace consiste à formuler à la suite les trois étapes suivantes :

- décrivez explicitement le comportement que vous n'acceptez pas (un geste, un propos...). Ex : « Vous passez la main dans mes cheveux »

- décrivez le sentiment que ce comportement provoque chez vous : « cela me met mal à l'aise » ; « je n'aime pas ça ».

- faites une demande concrète : «Enlevez votre main » ; « Cessez de me toucher ». 

Vous pouvez décliner cette technique pour tout un tas de situations : « Vous faites des commentaires sur mon physique, je ne trouve pas ça drôle. Arrêtez. »

Clarifiez les règles : rappelez à la personne les conditions d'une relation professionnelle. Ex : « Je préfère ne pas mélanger le privé et le professionnel » ; « Je préfère que l'on se vouvoie » ; « Je tiens  à ce que nos rendez-vous aient lieu uniquement à l'université » ...  

Evitez, dans la mesure du possible, les situations où vous êtes seule avec la personne qui vous harcèle. Faites-vous accompagner, si c'est possible. Exigez que la porte reste ouverte. Refusez les invitations au domicile de la personne, à l'extérieur de l'école ou de l'université. … D'une manière générale, tout ce qui vous permet de vous sentir en sécurité est une bonne stratégie !

Faites appel à la solidarité des personnes autour de vous : expliquez la situation à d'autres élèves / étudiants / collègues en qui vous avez confiance. Demandez-leur de vous aider à vous défendre. Si le harcèlement a lieu en classe, par exemple, ou devant d'autres personnes, vous pouvez demander aux autres d'intervenir et de vous soutenir. 

Conservez les preuves matérielles du harcèlement : sms, mails, lettres, cadeaux... La réaction spontanée (et légitime) est de s'en débarrasser, en espérant que cela ne se reproduise pas. Pensez que ces éléments matériels seront très utiles si vous décidez de porter plainte.
Par ailleurs, l'enregistrement comme moyen de preuve est autorisé en France : il peut être "clandestin" au pénal, mais pas en procédure civile (voir la page de l'AVFT).

Ne restez pas isolé·e : parlez-en autour de vous, à des personnes de confiance. Vous pouvez aussi contacter une association ou un syndicat où vous trouverez une écoute et des informations (voir la rubrique liens et partenariats). 

Ecrivez. Décrivez la situation par écrit, avec la plus grande précision possible : qui, où, quand, dans quelles circonstances, quelles paroles, quels gestes, votre ressenti, vos réactions... Si cela peut a priori sembler difficile (l'écriture peut vous faire revivre par procuration une situation que vous préféreriez peut-être oublier), écrire est souvent thérapeutique et aide à prendre du recul sur une expérience éprouvante. 

Cela vous permettra en outre de garder une trace, essentielle pour une éventuelle procédure (un récit circonstancié des faits vous sera demandé pour toute démarche de plainte). Vous éviterez le risque fréquent d’altération involontaire de la mémoire. En effet, une des conséquences du harcèlement sexuel est bien souvent la culpabilité et le déni : on a ainsi tendance à minimiser a posteriori ce qui s’est passé. De plus, le stress dû à une procédure peut conduire à des incertitudes, altérer la confiance en soi et en ses souvenirs.

Une lecture utile, pour apprendre à se défendre : NON C'EST NON. petit manuel d'autodéfense à l'usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire, Irène Zeilinger, éditions La Découverte, Zones, Paris 2008 (cet article en est en partie inspiré).

Si vous êtes témoin ou confident·e

Votre solidarité est importante : si le harcèlement a lieu devant vous, vous pouvez intervenir pour le faire stopper (la technique ci-dessus fonctionne aussi dans ce cas !), et soutenir la victime lorsqu'elle se défend. Proposez-lui votre aide, discutez ensemble de ce que vous pouvez faire pour mettre un terme à cette situation. 

Soyez à l'écoute si l'on vous confie une situation de harcèlement : la première confidence notamment, est déterminante. Si la victime se sent jugée, mise en doute, elle n'osera peut-être plus jamais en reparler. Orientez-la vers un des points d'accueil si cela semble nécessaire.

Respectez la confidentialité : si l'on vient vous parler, c'est que l'on vous fait confiance ; n'allez pas raconter la situation à d'autres personnes sans l'accord de la victime. D'autre part, si l'auteur du harcèlement est votre supérieur hiérarchique, vous courrez le risque d'être accusé-e de diffamation.

Evitez tout jugement moral et toute culpabilisation : les phrases du type « A ta place, j'aurais... » sont à proscrire ! Cela n'est d'aucune aide pour la victime et ne sert en général qu'à se valoriser soi-même.

Informez la victime sur ses droits et les recours dont elle dispose, orientez-la si besoin vers une association ou un syndicat. Elle pourra alors prendre une décision en toute connaissance de cause. Quelle que soit cette décision (entamer telle ou telle procédure, en parler à sa hiérarchie, ne rien faire du tout, attendre...), respectez-la, rappelez-vous que ce n'est pas à vous de décider à sa place.

Témoignez : si la victime décide de porter plainte, votre témoignage sera important. Mettez par écrit ce qui s'est passé, ce à quoi vous avez assisté, ce que la victime vous a relaté (voir plus haut, « le récit circonstancié »).